Le Mégabus
L'histoire d’un géant bordelais, de l’innovation industrielle à son retour aux sources.
2/13/2026
Le Mégabus n°8982 : d’un projet industriel visionnaire à un retour attendu à Bordeaux
Parmi les véhicules les plus impressionnants ayant circulé sur les réseaux urbains français, le Mégabus occupe une place unique. Pensé comme une réponse aux besoins de capacité extrême des grandes métropoles à la fin du XXᵉ siècle, cet autobus bi-articulé hors normes symbolise une époque charnière des transports urbains, juste avant le retour en force du tramway. L’exemplaire n°8982, aujourd’hui rapatrié à Bordeaux, illustre à lui seul cette histoire singulière.
Un concept ambitieux et sans équivalent
Le Mégabus est issu d’une collaboration industrielle entre Renault Véhicules Industriels (RVI) et Heuliez Bus, dans le cadre d’un accord signé au début des années 1980. L’objectif est alors de concevoir un véhicule routier à très grande capacité, capable de transporter jusqu’à 3 000 voyageurs par heure et par sens sur les lignes les plus chargées des grands réseaux urbains, à une époque où l’autobus articulé classique atteint ses limites et où le tramway n’est pas encore revenu dans les centres-villes.
Techniquement, le véhicule repose sur une base éprouvée :
un châssis dérivé du Renault PR 100, reconnu pour sa robustesse et sa modularité,
une carrosserie développée par Heuliez, inspirée de celle du GX 107,
une architecture tricorps bi-articulée atteignant plus de 24 mètres de long.
La motorisation est confiée à un Renault MIPS 06.20.45, six cylindres en ligne turbocompressé de 302 ch, associé à une boîte automatique ZF 5 HP 590 à cinq rapports. Si la fiabilité est au rendez-vous, la puissance est parfois jugée juste au regard du gabarit exceptionnel du véhicule.
Le prototype et des essais à grande échelle
Présenté pour la première fois en octobre 1985 à Rennes, lors d’un congrès du GART, le prototype du Mégabus suscite immédiatement la curiosité. Une dérogation spéciale permet sa circulation sur la voie publique, la longueur maximale réglementaire étant alors limitée à 24 mètres. Le véhicule est ainsi équipé de gyrophares et d’une signalisation spécifique « Véhicule de Grande Longueur ».
À partir de 1986, le prototype entame une vaste campagne d’essais en conditions réelles. Il circule sur de nombreux réseaux urbains français – Bordeaux, Dijon, Orléans, Nancy, Toulon, Rouen, Rennes, Paris, Nice, Grenoble, Montpellier, Chambéry, Lyon, Caen ou Tours – et effectue également des démonstrations à l’étranger, notamment à Genève et à Amsterdam.
Ces essais démontrent que, malgré ses dimensions impressionnantes, le Mégabus se conduit de manière relativement proche d’un autobus articulé standard. Un incident notable survient toutefois lors d’essais à Lyon, où le véhicule se retrouve bloqué en « portefeuille ». Cet épisode conduit RVI à renforcer les systèmes de rappel des articulations et à installer une alerte sonore lorsque l’angle de braquage maximal est atteint.
Une carrière exclusivement bordelaise
Malgré des perspectives initiales encourageantes, la commercialisation du Mégabus reste très limitée. Entre 1986 et 1989, seuls 10 exemplaires sont produits et vendus, tous à un unique client : le réseau de Bordeaux, alors exploité par la CGFTE. Livrés en 1989, ils reçoivent les numéros 8981 à 8990 et sont affectés à la ligne 7/8, reliant le centre-ville à la gare Saint-Jean puis au quartier de Bacalan.
En 1990, le prototype rejoint à son tour Bordeaux, mis à disposition par RVI. Pendant plus d’une décennie, les Mégabus deviennent l’un des symboles du réseau bordelais, reconnaissables entre tous par leur longueur exceptionnelle et leur capacité hors norme.
La réforme et un parcours hors du commun
Avec l’arrivée du tramway de Bordeaux, inauguré en décembre 2003, la ligne 7/8 disparaît progressivement. En 2004, l’ensemble des Mégabus est réformé du réseau bordelais. La majorité des véhicules est alors détruite, mais quelques exemplaires échappent à la ferraille.
Le Mégabus 8982 connaît alors un parcours atypique. Après sa réforme, il est vendu à Baobus, à Lille, où il roule finalement très peu. Il est ensuite récupéré par un collectionneur privé près d’Orléans, qui le conserve abrité dans un hangar jusqu’aux environs de 2010. Faute de solution de stockage durable par la suite, le véhicule se retrouve sans point de chute pérenne.
C’est à ce moment-là que Sauvabus se propose d’héberger le Mégabus. Le véhicule est alors installé sur un terrain appartenant à l’association, où il restera de nombreuses années, préservé de la destruction mais immobilisé, dans l’attente d’un projet capable de lui offrir un véritable avenir patrimonial.
Le retour à Bordeaux, vingt ans après la réforme
À Bordeaux, l’APATBM, créée en juin 2016, nourrit depuis longtemps l’ambition de rapatrier un Mégabus sur son territoire d’origine. Dès 2018, l’idée de récupérer l’exemplaire 8982 s’impose comme un objectif majeur, malgré de nombreuses contraintes techniques, logistiques et foncières.
À partir de 2024, le projet prend une nouvelle dimension. Des expertises sont menées, un accord est trouvé avec le propriétaire collectionneur et les conditions d’un rapatriement sont réunies. Après près d’un an de préparation, le Mégabus quitte en 2026 le terrain de Sauvabus pour reprendre la route en direction de la Gironde. Malgré plusieurs aléas mécaniques, il parcourt environ 650 km par ses propres moyens, démontrant une fois encore la robustesse de ce géant de 22 tonnes et 24,50 m de long.
Un symbole fort pour le patrimoine bordelais
Désormais de retour à Bordeaux, le Mégabus 8982 entame une nouvelle vie. D’importants travaux restent à mener pour le fiabiliser, le remettre en état esthétique et le préparer à une présentation au public. Son arrivée revêt une dimension toute particulière, alors que l’APATBM fêtera ses 10 ans en juin, et s’inscrit pleinement dans sa mission de sauvegarde et de valorisation du patrimoine des transports urbains bordelais.
De sa conception visionnaire à son exploitation exclusive à Bordeaux, de sa réforme à son long parcours hors du réseau, puis de son rapatriement à sa renaissance patrimoniale, le Mégabus 8982 incarne une page spectaculaire de l’histoire industrielle et urbaine française. Son retour aux sources n’est pas seulement celui d’un véhicule, mais celui d’un symbole, destiné à continuer de raconter l’histoire des transports urbains aux générations futures.




































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